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Obésité infantile, quand la peur aggrave les problèmes

L’obésité infantile ne laisse pas indifférent. Certains s’insurgent contre les parents qui « ne font rien », d’autres contre les enfants qui « mangent n’importe quoi », contre l’industrie agro-alimentaire etc.  Chacun a son explication, son rejet, sa colère – ou sa désolation.

Manger plus que l’estomac ne le réclame

Mais qu’en est-il vraiment ? Qu’est-ce qui fait grossir ? Pour grossir, donc stocker des calories, il faut manger au-delà de ses besoins, autrement dit  plus que sa faim. Tant qu’on respecte globalement sa faim, aucun aliment ne fait grossir. L’immense majorité des enfants mangent spontanément selon leur faim et stabilisent ainsi à leur poids génétiquement déterminé (pas forcement la minceur.)

Comme les adultes, les enfants mangent pour calmer leur faim mais aussi pour s’apaiser. C’est là un rôle essentiel du repas. Quand nous vivons des émotions difficiles, la tension nerveuse ne disparaît pas toujours aussi vite que la faim.  On continue alors de manger, à la recherche de ce mieux-être. Parfois, c’est justement la souffrance d’être plus gros que les autres ou d’être au régime qui fait naître ce besoin manger plus que ce que l’estomac ne réclame.

Une baisse du surpoids et de l’obésité française

Les médias mettent en garde contre « l’épidémie de l’obésité infantile » et les chiffres font peur. Or, contrairement aux prévisions alarmistes, le surpoids et l’obésité infantiles sont en baisse dans de nombreux pays dont la France depuis 2000. Ici, le surpoids est à  15 à 20 %,    l’obésité infantile à 3 à 4  %.  Alors que l’obésité peut  affecter la santé, le surpoids n’est pas dangereux pour le corps. On en parle car certains le considèrent à tort comme un stade sur un chemin menant inexorablement à l’obésité si on n’agit pas par des conseils diététiques et autres régimes. Or, 20 % des enfants obèses, c’est tout de même très différent de 3 à 4 % !

La stigmatisation des kilos, source de kilos supplémentaires

Cet amalgame entre les chiffres du surpoids et celles de l’obésité est source de panique et de solutions prises à la hâte, souvent aggravantes. Un certain nombre de risques découlent de ce catastrophisme :

-  La stigmatisation des enfants plus gros que les autres, avec tous les effets négatifs à vie sur son estime de soi et sa qualité de vie.
-  Une aggravation de l’excès pondéral par le phénomène de yo-yo ascendant après des tentatives d’amaigrissement à coup de régimes ou de restrictions, ou par des grignotages en réaction à la souffrance d’être rejeté et critiqué.
-  Un risque augmenté de troubles du comportement alimentaire.
-  Des relations familiales tendues, centrées sur le poids de l’enfant.

Aider l’enfant, c’est chercher à comprendre pour quelle raison il mange au-delà de ses besoins et trouver comment remédier aux problèmes pour qu’il puisse de nouveau respecter ses sensations alimentaires. Augmenter sa détresse en le critiquant ou en le privant augmente sa souffrance et son poids. L’aider à vivre et lui montrer qu’il est aimé quel que soit son poids l’aide à avoir moins besoin de trop manger.

Pour en savoir plus : www.gros.org 

Ulla Menneteau est diététicienne nutritionniste à Clermont-Ferrand. Responsable de la formation du Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le surpoids, elle est spécialiste dans les problèmes de poids et de comportement alimentaire. Auteur de différents articles sur l’obésité et le goût, elle a participé activement à l’écriture de  L’alimentation de mon enfant de Martine Walker (paru en 2012 aux éditions First).

 

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