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Le lait, son évolution, son évaluation…

 5 questions à Didier de la Porte des Vaux, agriculteur.

lait

Le lait est aujourd’hui de plus en plus critiqué…
quid ? et qu’en est-il du lait bio ?

En 1er lieu, il ne faut pas oublier que quelqu’un qui ne consomme pas de lait de manière régulière n’est plus capable de le digérer. Son estomac ne fabrique plus la présure nécessaire à la digestion du lait – on parle ici du lait lui-même, pas des produits laitiers au sens plus large. C’est pour cette raison que le lait est très indigeste pour les populations qui n’ont pas la culture du lait. Mais ceci ne concerne d’ailleurs pas que le lait de vache, pas plus le fait qu’il soit bio ou non.
Les produits laitiers de vache sont en effet, actuellement, très allergisants, provoquant notamment rhinopharyngites et sécrétions nasales.
Il est à noter que toutes les études menées le sont sur « le lait», sans distinction entre lait bio et le non bio. Dans toutes les communications faites, on parle en effet du lait en général. Une étude a été récemment publiée dans le numéro de mai 2013 de la revue spécialisée «Clinical and Experimental Allergy ». Menée par l’Institut de médecine sociale et préventive de l’université de Bâle, cette étude a été réalisée sur près de 15 000 enfants de 9 à 13 ans. Ses conclusions sont claires : les enfants consommant du lait de ferme bio souffrent moins de rhume des foins et d’asthme que les autres.

Qu’est-ce qui a changé dans la production laitière ?

Les modes d’élevage des vaches laitières ont considérablement évolué du fait de l’arrivée de la production intensive du lait. Et il faut savoir que l’intensif constitue l’essentiel de la production de lait en France. Le gros changement vient de la nature de l’alimentation. La vache est nourrie désormais essentiellement de soja, de maïs et autres céréales, aliments qui ne sont pas du tout sa nourriture naturelle. Ceux-ci produisent une fermentation dans la panse, ce qui génère alors des cirrhoses du foie. De ce fait, les bêtes sont réformées, en moyenne, au bout de 2,5 lactations (soit à environ à l’âge de 4 à 5 ans), alors qu’en traditionnel, mes vaches produisent largement au-delà de 10 lactations (soit plus de 13 ans).
didierActuellement par exemple, ma plus vieille vache a 20 ans et produit encore.
Quand, en plus, l’essentiel du soja est OGM, et que ça fait plus de 15 ans que nos vaches – productrices de lait mais aussi génitrices des veaux devenant vaches laitières ensuite – en consomment à grandes doses : on peut se poser des questions sur le lait qui en résulte. Mais aucune étude n’a été publiée sur ce sujet.
Il est intéressant de noter que…

  • si le soja et le maïs consommés par les vaches étaient bio, à part l’aspect OGM, cela ne changerait rien au problème,
  • et que l’essentiel de la production de lait bio est faite de manière traditionnelle, les animaux consommant essentiellement herbe et fourrage.

Pour revenir aux intolérances évoquées plus haut, il est étonnant que seuls les produits laitiers de vache soient concernés. Est-ce que ce ne serait pas parce que les autres produits laitiers – brebis ou chèvres par exemple – sont actuellement, pour la plupart, produits de manière non intensives ?

Cette production intensive a-t-elle d’autres effets ?

La mammite est une infection des mamelles qui fait cailler le lait, lequel devient donc impropre à la consommation. Avec la cirrhose du foie et la stérilité, c’est l’une des 3 principales causes de réformes précoces des vaches.
La mammite n’est pas le fait de la production intensive, elle peut se déclarer également dans un élevage traditionnel chez des bêtes fatiguées. Mais elle apparaît de manière beaucoup plus fréquente dans une production intensive, et est alors soignée par antibiotiques.
Au plus fort de la mammite, le lait ne part pas pour la consommation. Il y retourne lorsque le délai d’attente suite à l’administration du dernier antibiotique est dépassé. Ceci ne veut pas dire qu’il n’y ait plus d’antibiotique dans le lait, mais que l’on est en dessous de la dose légale à ne pas dépasser quand on en fait une consommation moyenne. Ce sont des études faites sur les rats qui permettent de déterminer cette dose.
Ces études ne peuvent, bien entendu, tenir compte du nombre d’autres produits de synthèse chimique ingérés et des interactions possibles.

Qu’est-ce qui fait que le lait est plus allergisant ?

Le lait concentre les produits de synthèse chimique. Une raison qui me parait suffisante pour rendre allergisant le lait produit de manière intensive.
Au début des années 80, il était d’ailleurs totalement déconseillé aux femmes d’allaiter parce qu’on s’est aperçu que le lait maternel était pollué. Depuis on a constaté que même pollué, il était quand même meilleur que le lait en poudre.

Et que penser des effets que peut avoir sur la santé la consommation de lait de vache malade ?

Le problème actuel concernant le lait peut être rapproché d’autres produits qui provoquent des intolérances. Une fois l’intolérance provoquée, elle se déclare ensuite quelle que soit la qualité ou l’origine du produit.
C’est d’ailleurs ce qui se passe pour le gluten de nos jours. Pour avoir de plus gros rendements en blé, les nouvelles variétés ont une molécule de gluten beaucoup plus grosse. C’est cette molécule modifiée qui est à l’origine des intolérances au gluten. Une fois que la personne est intolérante, elle l’est alors à toutes les formes de gluten.
Pour prendre un autre exemple que beaucoup ont vécu : lorsque vous mangez une moule mauvaise qui vous provoque un gros problème de digestion, il vous faut des années avant de pouvoir remanger une moule, même d’excellente qualité.

Notre corps a ses limites, en particulier avec les molécules de synthèses chimiques qu’il ne connait pas. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour le lait ? A force d’avoir pris pendant suffisamment de temps du lait industriel, vous ne supportez plus le lait… même bio !

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